Une de nos principales souffrances vient du fait que nous essayons d’être quelqu’un de bien. Nous avons développé depuis que nous sommes enfants une profonde aptitude à nous trahir, à essayer de nous adapter, à essayer d’adopter des attitudes visant à nous faire aimer, apprécier, à essayer de faire briller les yeux de nos parents, de nos enseignants, de nos camarades.
Nous avons pour la plupart très tôt ressentit et entendu que  nous étions trop agités ou trop calmes, pas assez intelligents ou trop impertinents, trop curieux, trop vivants, trop spontanés, trop égoïstes, pas assez intéressants, que nous ne faisions pas assez d’efforts, que nous ne respections pas assez nos parents, nos professeurs, que nous devrions être contents d’aller a l’école, que papa et maman ont toujours raisons et qu’a force d’efforts et de combats sur nous même, nous finirions par être des bonnes personnes, dignes d’amour et de reconnaissance.

Nous avons fait de toute cette « éducation » un mode de vie, cherchant à ressembler à quelque chose d’aimable, d’acceptable, que ce soit pour nos amis, nos voisins, nos collègues, nos patrons, etc. Le pire dans tout ça est que nous essayons d’être quelqu’un d’appréciable pour nous même, nous essayons de ressembler à quelqu’un d’aimable à nos propres yeux, nous essayons d’adopter un mode de pensée, de comportement, une attitude, à essayer de coller à un idéal que nous n’avons en fait construit qu’en fonction de l’éducation que nous avons reçu.
Parfois, nos efforts viserons à tenir en laisse nos ambitions, à essayer de nous faire les plus petit possible pour ne pas devenir cet orgueilleux, ce prétentieux, cet arriviste, ce riche..
Il se peut qu’un jour nous ayons réussit à nous identifier totalement à cet idéal, que nous ayons enfin vu briller les yeux de ceux dont nous attendions l’amour et la reconnaissance ou à l’inverse, que nous ayons totalement renoncé jusqu’à renoncer à notre propre vie.

 

Identité et séparation

Nous trouvons ainsi une identité à laquelle nous pouvons nous référer, grâce à laquelle nous pouvons dire « je », nous avons des amis qui ne viennent pas trop déranger nos croyances, nous suivons une morale que nous croyons être la notre, et ce jusqu’à ce qu’un séisme majeur vienne envoyer promener tout ça et nous donne la possibilité de choisir, si nous le désirons, de commencer à vivre une vie qui soit la notre, à faire des choix venant de notre cœur et non plus de nos pensées.

 

Séparation, division et trahison

Nous sommes en fait devenu de plus en plus séparés de nous même, divisé dans des notions de bien et de mal, nous n’avons appris dans tout cela qu’a nous haïr, à nous rejeter nous même, à souffrir souvent sans même nous en rendre compte.

Pour éviter de voir dans les yeux de nos éducateur l’indifférence, le mépris, la non compréhension, le rejet, la colère, la tristesse, nous avons appris à nous trahir sans nous rendre compte que nous avons mis en place la plus terrible des punitions : nous nous sommes tournés le dos à nous même parce que nous avons cru que ce que nous étions a été la cause de ce rejet et de la souffrance que nous avons ressentit.

 

Solitude

Dans notre recherche d’aujourd’hui à essayer d’être des gens bien, à être quelqu’un de bien, nous ne faisons que de nous trahir sans cesse, ne faisant qu’augmenter division et séparation d’avec notre essence, d’avec notre humanité. Nous ne faisons que renforcer notre division interne, nous ne faisons qu’augmenter notre souffrance. C’est pourquoi, par exemple, certaines personnes qui se sont battues, ont fait beaucoup d’efforts pour obtenir un diplôme, une reconnaissance sociale se retrouvent dans une profonde dépression après leur victoire. La victoire est en fait un échec parce que la flèche est passée à côté de la cible : le besoin véritable d’être aimé et reconnu tel et pour ce que nous sommes , doué ou non, n’est pas là. Nous prenons alors plus ou moins conscience que nos efforts ont été inefficaces à répondre à nos vrai besoins. Ceux qui vivent ce drame se sont trompés d’objectif et se sentent toujours et encore davantage terriblement seuls dans leur cœur quel que soit la richesse de leur entourage. La réalité reste que « moi », je ne me sens pas nourri, reconnu aime pour ce que je suis, pour mes richesses. Ce n’est toujours pas moi qui suis aimé et reconnu, c’est le personnage que j’ai créé par mes réalisations.

Ce bien et ce mauvais, c’est à dire ce bon et de haïssable n’est pas le même pour tout le monde et peut même être opposé : être riche est source de respect et autorise la reconnaissance pour certains et au contraire le honte et le rejet pour d’autres. Si seul l’amour est une valeur indispensable, nous allons haïr la haine et toutes les manifestations de haine sans nous rendre compte que notre sentiment est l’expression de notre contradiction et d’un amour bien trop conditionnel.

 

Je trahis mes enfants par amour et fidélité

Tout naturellement, nous avons des enfants et nous cherchons à les éduquer de la bonne manière, c’est  à dire à les dresser, à réguler leurs ardeurs et leurs passions, à les aider à rentrer dans la norme, celle a laquelle nous avons adhéré sans nous demander si cette éducation nous a aidé à être véritablement heureux. Nous ne faisons que transmettre l’héritage que nous avons reçu, en toute inconscience au lieu de regarder notre incapacité à voir et à accueillir la beauté, la grâce, la créativité de nos enfants et à les aider à en être fier et à les faire grandir.

Les enfants sont naturellement beaux, vivants, joyeux, ils sont créatifs, impertinents et nous détruisons tout ça en leur enseignants la peur, et l’amour conditionnel. Nous leurs apprenons sans nous en rendre compte à triller et à diviser, à décortiquer tout ce qu’ils sont et à n’en choisir que certaines parties. Et ils cessent petit à petit de se sentir libres, spontanés et heureux.
Mais nous sommes de bonne foi, nous le faisons pour leur bien, nous leur demandons de s’adapter comme nous avons essayé de nous adapter au risque de ne plus savoir qui et ce que nous sommes.
Nous ne prenons pas le risque d’être bouleversés par eux, de nous ouvrir à la force du vivant encore intacte en eux, à les encourager. Nous en serions certainement anéantit ; nous, c’est à dire tout ce que nous  avons pris pour nous et qui n’est en fait que les costumes que nous avons enfilés et avec lesquels nous nous sommes tellement limités, castrés, resserrés.
Un peut de conscience et nous n’aurions plus d’autres choix que de remettre en cause toutes les valeurs auxquelles nous avons adhérées avec leurs lots d’images de nous et de notion de bien et de mal.

 

Réunification

Être quelqu’un de bien et être soit même ne va pas ensemble. Nous avons à arrêter de faire des efforts, nous avons à nous ouvrir et à apprendre à regarder en nous, à accueillir tout ce que nous sommes, incluant les jugements que  nous avons sur ce que nous voyons en nous. Puisque nos parents, nos enseignants n’ont pas su aller à notre rencontre en dehors de leurs propres notions de  bien et de mal,  de bon et de mauvais, nous avons à le faire nous même.
Nous avons à nous engager envers nous et notre propre vie, nous avons à nous ouvrir nous même à notre immensité. Nous avons besoin d’arrêter de demander aux autres de faire ce que nous sommes incapable de faire nous même. Qui est le mieux placé pour prendre conscience de notre véritable nature sinon nous même ?

 

À quand la liberté?

Aucun enseignant, aucun livre, aucun gourou dont vous répèteriez les paroles et les vérités ne peut vous rendre libre, déconditionnés. Nous pouvons faire beaucoup d’effort pour être un excellent philosophe, un excellent disciple, pour essayer de faire « nôtre » la pensée de ceux que nous admirons et vénérons. Nous pouvons répéter leurs paroles comme un perroquet, remplis de satisfaction, d’arrogance, d’orgueil ou de fausse compassion, nous ne faisons que répéter le mécanisme avec lequel nous avons grandit, mécanisme avec lequel nous nous sommes trahis et divisés.
Nous continuons ainsi à répéter le scénario selon lequel les autres savent et qu’en nous conformant, en acceptant leurs vérités, nous serons enfin dans  La Vérité, et là, nous serons vraiment devenu des gens bien!! Nous pouvons faire des heures de méditations chaque jour pour développer la capacité d’amour qui ferait de nous des êtres bon et rester comme des enfants parce que nous ne faisons que chercher à adopter un déguisement qui nous aiderais à nous aimer davantage.
Mais nous restons des enfants, des enfants parfois dangereux qui jettent des bombes ou partent en guerre sainte, nous pouvons faire de la politique ou du syndicalisme mais nous ne serons toujours pas heureux car nous nous trahissons toujours.

La seule liberté est de retirer de notre cerveau ce que pensent les autres et d’aller à la recherche de notre propre pensée. Bouddha à dit ça, oui, mais moi, libéré de tout conditionnement, je dis quoi?

Réconciliation

Le seul amour possible est dans le oui inconditionnel à tout ce que nous sommes, dans notre capacité d’accueil et de connaissance de tout ce que nous sommes, sans choix, sans notion de bien ou de mal. Ce n’est possible qu’en renonçant à d’être quelqu’un de bien, qu’en accueillant autant l’amour que la haine, en cessant de nous identifier à notre portefeuille, à notre maison ou à notre voiture, à la beauté de notre femme ou à la puissance de notre homme. Quelque que soit notre déguisement, il ne reste qu’un costume et pas notre véritable identité.

Ce n’est pas dans notre propre pensée que nous allons nous trouver, la pensée n’appartient qu’au passé, elle n’est qu’un apprentissage et n’est vrai que pour celui qui l’émet et à l’instant où elle est émise. C’est dans la rencontre avec nous même, dans notre capacité à nous immerger en nous même, c’est dans le ressentit, dans la présence à qui nous sommes au delà de toute conception que nous pouvons entrer en contact avec notre Vérité.

Construire une vie qui nous ressemble passe par une remise en cause de nos croyances, des vérités toutes faites à partir desquelles nous avons construit notre identité. Ce que nous pensons de nous n’est en fait qu’un ensemble de schémas appartenant au passé. Une parole, une idée, une pensée n’existe en fait que dans une inter relation, qu’à un instant donné et dans certaine circonstances.
Rencontrer qui nous sommes n’est pas faire la somme des idées, conceptions, croyances, liens sociaux, familiaux, culturel ou religieux qui nous permettent de dire « je », mais peut prendre forme en acceptant de rentrer dans la profondeur de nous même. Elle peut naître dans la rencontre intérieure à ce qui en nous ne se contente pas de croire, mais a besoin de ressentir, d’éprouver , d’être en contact. Elle peut naître de la rencontre avec un espace d’évidence qui ne peut pas être enfermé dans des mots.

 

Seul devoir : être heureux.

Si nous n’avons qu’un devoir, ce serait celui d’être heureux et notre recherche du bonheur est basée sur l’avoir, sur la comparaison, sur le faire. Il est toujours conditionné à une frustration, à la croyance qu’il me manque quelque chose et qu’en l’obtenant, ma vie sera enfin agréable. Nos société nourrissent allègrement ce fantasme qui n’engendre qu’inégalité, surconsommation, comparaison, jalousie, frustration, désespoir, impuissance, extrémisme et tous les actes de violence qui en naissent.
Le bonheur passe par arrêter de nous trahir, par nous pardonner nos trahisons et par l’acceptation que nous sommes des êtres profondément immatures né d’une espèce profondément immature.

Le bonheur de notre monde passe par arrêter de vouloir être de bonnes personnes et par reconnaître en nous toutes les choses que nous voyons en dehors, le pire comme le meilleur, le meilleur comme le pire, ce qui ne veux pas dire en être complice. Tant que c’est en dehors, tant que c’est les autres qui, nos sociétés n’évoluerons pas vraiment.

La recherche d’être quelqu’un de bien est en fait la recherche d’être aimable et réparer nos manques d’amours, de réparer les blessures de notre cœur face aux dénis, aux jugements que nous avons reçu ou que nous avons pris comme tel. Notre souffrance vient de la croyance qu’il faut nous améliorer et que nous devons faire quelque chose, ou être quelque chose ou réaliser quelque chose de spécial et qu’alors nous serons enfin arrivé à quelque chose dans notre vie, qu’enfin nous serons quelque chose.
Selon les messages conscients ou inconscients que nous avons reçu, nous nous sommes fait des idées vie précises des choses que nous devons accomplir ou réaliser. La plupart du temps, nous avons oublié que ce que nous cherchons est en fait simplement d’être heureux et de juste nous détendre dans qui nous sommes.

 

Trahison, trahison !

Il y a eu tellement de Non à qui nous sommes, à ce que nous faisions, pensions que nous en avons déduits qu’il nous fallait en fait renoncer à ce qui nous faisait du bien, c’est à dire laisser nos expressions naturelles se manifester, nous devions faire beaucoup d’effort et faire nôtre les besoins de nos éducateurs. Pour ce faire,nous nous sommes trahi , nous nous sommes identifié à un non à qui nous sommes et passons notre vie à nous dire non, à nous juger, à nous imposer tout un ensemble de codes de conduite. Notre vie, nos choix sont ainsi déterminés par ce que nous devrions accomplir, par le faire, par des notions de bien et de mal et d’amour conditionnés. Parfois jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que quelque chose en nous se casse. Toute l’éducation est basée sur le fait qu’en tant qu’enfant, nous ne savons pas, que somme ignorant  et que nous devons suivre le modèle de nos aînés, de ceux qui savent. Et l’on voit bien tous les jours à travers le miroir de notre monde extérieur combien nous sommes doués pour le bonheur et l’intelligence!!

Nous ne manquons pas d’occasion dans notre vie de confirmer encore et encore que ce que nous sommes n’est pas suffisant. Nos amis, nos compagnons de vie les plus proches, les modèles de la société sont toujours présent pour nous le rappeler.
Notre vie se résume à essayer d’être plus, moins ou à maintenir nos acquis. Plus riche, plus beaux, plus forts, plus doués, plus spirituels, plus aimants, plus intelligents, plus ambitieux, meilleurs amants… Avec toujours un objectif extérieur à atteindre qui nous garantira notre place au paradis, c’est à dire au bonheur véritable. Mais c’est toujours pour demain, lorsque nous aurons fait ou accompli ceci ou cela.

 

Docteur Jekyll et M. Hyde

Face à ce besoin d’être des gens biens, c’est à dire face au besoin d’être reconnu comme des personnes aimables afin de nous aimer nous même et de nous sentir légitime à rechercher le bonheur ou parfois simplement à exister, deux comportements se développent:
Dans le premier, épuisés par un effort qui n’a jamais donné aucun fruit, nous renonçons et finissons par accepter d’être mauvais. Nous adoptons en conséquences des actes que nous savons mauvais qui ne servent qu’a nourrir notre identification à un moi mauvais. Nous avons renoncé à être aimé et à être aimable et avons renoncé à être en contact avec notre douleur. Nous faisons comme si nous nous en foutions. Nous sommes en enfers et portons le costume du mauvais.
Dans le deuxième, nous avons réussi à trouver des manières d’être qui ont apportés de la satisfaction à notre entourage et nous avons reçu en retour de nos sacrifices une forme d’amour et de reconnaissance. Nous sommes donc devenu à même de savoir ce qui est bien et ce qui est mal et donc d’attendre de nos enfants et de nos relations les mêmes choses, les mêmes conceptions des choses et de la vie. Comme nous avons besoin de justifier constamment la validité de nos comportements, nous allons passer notre temps à orienter nos actions afin de nous prouver que nous sommes dans le juste, c’est à dire que nous sommes des gens biens. Nous portons donc le costume des gens biens auxquels nous nous sommes identifiés.

Dans un cas comme dans l’autre, nous avons dû renoncer à nous même. Sous nos déguisements, nous avons oubliés que c’est l’enfant inadéquat en nous qui est déguisé. Il se sert juste de ce déguisement pour cacher son désespoir, sa colère et sa tristesse. Nous pouvons nous pavaner derrière nos jolies manières, nos jolis habits, nos portefeuilles bien remplis, ou à l’inverse, justifier la juste nécessité d’une vie difficile. Nous pouvons juger les autres, ceux qui n’ont pas compris, ceux qui ont ci ou qui n’ont pas ça, ceux qui font ci ou ne font pas ça, les regarder avec dédain, avec mépris. Nous pouvons aussi les regarder et leurs parler avec l’illusion que nous sommes tellement aimant, tellement compatissant, pleins de gentillesse. Mais cet amour là n’est pas réel, il est juste un élément du costume destiné à être quelqu’un de bien.

 

Désespoir : indication d’un besoin existentiel

Derrière ces costumes, il y a haine et désespoir, il y a solitude. Parfois, le costume tient bien la route, parfois, un coup de vent nous décoiffe et nous nous dépêchons de tout remettre en ordre, faisant comme si nous n’avions rien vu et que l’angoisse ne nous avait pas étreint. Parfois se lève dans nos vie une tempête telle que notre costume part en pièce. Nous nous retrouvons alors dénudés, vides, nous ne savons plus qui nous sommes, ou alors nous réalisons que nous ne l’avons jamais su. Alors peut commencer une reconstruction, nous pouvons prendre des antidépresseurs, essayer de revenir celui ou celle que nous étions avant la tempête. Parfois, quelque chose en nous dis stop, je ne veux plus, nous réalisons que nous sentions bien que quelque chose n’allais pas vraiment, que nous faisons semblant. Nous réalisons l’énergie que l’entretien de ce déni nous prenais. La quête de qui nous somme peut commencer.

 

Quête de soi et ses travers

Parfois  aussi , aucun costume n’a pu convenir. Nous en avons essayer des dizaines, mais aucun ne pouvait convenir. Puis un jour nous sommes fatigué des costumes, fatigués de faire semblant, fatigués de nous rejeter, de nous trahir, fatigués d’attendre que les autres, que le monde change. Nous prenons conscience que nous ne savons pas être heureux, qu’aucune solution apportée par l’extérieur ne peut nous nourrir, ne peut nous convenir. Nous nous mettons en quête, en quête de nous même et d’une vie qui nous ressemble.

Nous pouvons faire de années de thérapie, de travail sur soi pour essayer de rentrer dans un costume adéquat, un costume qui fasse de nous quelqu’un de bien. Être quelqu’un de bien va donc maintenant être quelqu’un qui travaille sur soi, qui médite, qui est en thérapie. Enfin nous avons eu la révélation, nous savons.  Nous pouvons prêcher. Pauvres les autres, ceux qui ne savent pas encore!!

La forme aura changée, mais le fond sera le même : le bonheur restera factice et illusoire. Un autre costume sera à lâcher un jour.

Nos attitudes, nos pensées, nos croyances et nos vérités n’ont en fait pas de lien avec un moi véritable. Elles appartiennent au passé et à ceux qui nous ont précédés.
Être quelqu’un de bien ne nous apportera jamais le bonheur que nous cherchons tous plus ou moins consciemment. Être quelqu’un de bien repose sur la croyance qu’obtenir quelque chose que nous n’avons pas ou qui est insuffisamment développé nous permettra d’être en paix avec nous même en étant devenu des personnes méritantes.  C’est toujours une projection dans un futur, quelque chose qui revient à dire : quand je serais un autre, je pourrais être heureux.
C’est en fait l’expression de la cause même de nos souffrances. Ce désir d’être quelqu’un de bien révèle en fait notre incapacité à nous penser méritants, dignes, tels que nous sommes à cet instant. Dire lorsque je serais parfait, je pourrais être heureux, je serais libéré parle de notre incapacité à nous aimer et à nous accepter tels que nous sommes avec nos handicaps. Et cette difficulté est la cause même de notre souffrance. Nous répétons constamment la façon dont nos éducateurs nous ont séparés de notre spontanéité, de notre vivance, de la joie naturelle dont font preuve tous les enfants avant qu’ils ne finissent par croire que ce qu’ils sont n’est pas adapté.
Aujourd’hui adultes, nous continuons à essayer de nous améliorer sans percevoir que c’est la cause même de notre douleur, de la séparation d’avec nous même.

 

Normal ou pas normal

Être quelqu’un de bien revient à chercher à être méritant, d’abords aux yeux et aux cœurs de ceux que nous aimions, maintenant à nos propre yeux, à notre propre cœur. C’est toujours basé sur une division entre le bien et le mal, sur une vision, ou plutôt une identification de nous même en tant qu’être incomplet.  Notre vision est alors dirigée vers un futur accessible sous condition. Si je fait de bonnes actions, si je me comporte correctement, j’irais au paradis, où je renaîtrais dans une vie meilleure ou sinon, j’irais en enfers. De ce schéma de quelqu’un de bien découle automatiquement orgueil et arrogance pour ceux qui ne sont pas bien. C’est à dire nous en tant qu’animal mal dressé. L’orgueil et l’arrogance nous permettent de mettre à distance ce que nous serions effarés de voir en nous : si sous le schéma de vos croyances, l’orgueil et l’arrogance sont quelque chose de mal, vous ne pourrez pas vous permettre de les regarder et les projetterez à l’extérieur pour vous rassurer et rester ou essayer des gens biens.

 

Vivre dans l’accueil et le respect de soi ou vouloir être quelqu’un de bien, il faut choisir.

Le désir d’être quelqu’un de bien porte en lui même son dragon : l’impossibilité de nous accueillir avec tout ce qui est en nous. Dans ce contexte, nous sommes continuellement à faire le tri et à chercher à rejeter de façon automatique, de façon inconscient la plupart du temps ce qui ne devrais pas être en nous. En agissant ainsi, nous nous empêchons en fait d’accueillir la totalité de l’humanité en nous même. Nous continuons à créer un monde de division et séparation entre ce qui est en nous, ce qui nous traverse, auquel nous nous identifions et ce que jours devrions être, penser, avoir, réaliser afin d’être acceptable à nos propres yeux.
Cette identification commence dès notre enfance : tous les « soit gentil », tu es méchant, tu est paresseux, tu es bête ou quoi? Tous les « tu » reçus des personnes les plus proches, les plus aimés ou respectés nous ont « punaisés », fixés dans une identité qui va se durcir de plus en plus jusqu’à ce que nous nous révoltions contre ce que à quoi nous avons nous même adhéré et à quoi nous continuons à donner solidité.